L’empathie : comment se développe-t-elle ?

13 Juin, 2017

J’ai récemment assisté à une conférence passionnante sur l’empathie donnée par Serge Tisseron. Serge Tisseron, psychiatre, psychanalyste, docteur en psychologie et l’auteur de nombreux livres, représente l’empathie sous la forme d’un bateau avec 3 niveaux. Asseyez-vous confortablement, vous allez devenir incollable sur le sujet ! Mais commencez par répondre à ce quizz sur l’empathie (si ce n’est pas déjà fait) avant d’aller plus loin.

L'empathie comment se développe-t-elle

 

Les différentes composantes de l’empathie

1. L’empathie directe (la coque du bateau)

Tous les êtres humains ont spontanément la capacité de développer les 3 formes d’empathie constituant l’empathie directe.

L’empathie émotionnelle (fenêtre d’opportunité entre 1 et 3 ans) c’est le partage émotionnel qui se met en place chez le bébé vers l’âge de 1 an. Le bébé est alors capable de percevoir l’émotion de l’autre (son adulte de référence en général) sans se confondre avec lui : « je vois que tu es content et je ne suis pas content »«  je vois que tu es triste et je ne suis pas triste ».
Avant l’âge de 1 an, le bébé imite l’expression émotionnelle de l’adulte grâce aux neurones miroirs : si on tire la langue à un bébé, on sait qu’il est capable de tirer la langue, si on fait une grimace, il essaie de l’imiter même s’il n’y arrive pas toujours parce qu’il a encore un mauvais contrôle moteur des muscles du visage. Le bébé éprouve alors les émotions de l’adulte mais il ne fait pas de nette distinction entre ce qu’il éprouve et ce que l’autre éprouve.
A partir de 1 an, le bébé décide de prendre l’initiative de proposer des émotions à son interlocuteur : il n’embraye plus sur les émotions d’autrui, il est celui qui essaie d’influencer les émotions d’autrui. Votre bébé ne devient pas capricieux ! C’est une étape très importante de son développement, il essaie d’être un agent actif des émotions d’autrui. Cette capacité se met difficilement en place dans l’autisme et, en cas de carences éducatives, c-à-d lorsque les interactions avec un adulte sont trop pauvres. C’est le cas par exemple des enfants élevés devant la télévision, ils interagissent peu avec un humain et peinent à développer cette capacité.

L’empathie cognitive (fenêtre d’opportunité entre 3 et 5 ans) : aux alentours de 4 ans, l’enfant est capable de comprendre que l’autre a un monde intérieur différent du sien et qu’il peut éprouver différemment que lui, séparer les 2. L’empathie cognitive permet alors de prendre du recul par rapport à ce que l’on ressent, de rentrer dans la manipulation ou dans la compassion.

L’empathie mature (fenêtre d’opportunité entre 8 et 12 ans) : l’enfant est capable de se mettre émotionnellement à la place de l’autre.

Pour résumer ces 3 dimensions de l’empathie, Serge Tisseron prend l’exemple d’un échange entre 3 fillettes, Micky, Elsa et Lilou :
Micky, un matin, sur le chemin de l’école, voit qu’Elsa semble de très bonne humeur et lui dit « Je vois que tu as l’air très contente aujourd’hui. » (empathie émotionnelle).  Non seulement, elle s’intéresse à son amie mais elle sait, aussi, que toutes les deux se réjouissent souvent pour des raisons différentes. Elle lui demande donc « Que t’arrive-t-il ? » (empathie cognitive).
Elsa répond : « Ce soir, maman fait une tarte aux fraises et j’adore ça. ».
Micky lui répond : « Ah oui, c’est vrai tu aimes ce dessert que j’ai en horreur. Je ne te comprends pas ! ». Micky fait marcher son empathie cognitive mais elle n’a pas cette capacité à se mettre émotionnellement à la place de l’autre.
Lilou, elle, a cette capacité et dit : « Ah oui Elsa, je vois que tu es contente, je comprends que tu es contente parce que tu aimes la tarte aux fraises et comme il y en aura beaucoup pour toi, si j’étais à ta place, je serais très contente aussi. » (empathie mature).

2. L’auto-empathie

C’est l’empathie émotionnelle, cognitive et mature pour soi, la capacité à :

  • identifier ses propres émotions (empathie émotionnelle pour soi),
  • reconnaitre la cause de ses émotions (empathie cognitive pour soi),
  • changer de point de vue à l’intérieur de soi (empathie mature) c-à-d la capacité à reconnaître qu’on peut avoir différents points de vue sur un même problème. On peut être à la fois content et inquiet ou mécontent de quelque chose. C’est la complexité des émotions qui ne va pas toujours de soi. C’est parce que l’on accepte la multiplicité des points de vue à l’intérieur de soi, qu’on accepte la multiplicité des points de vue chez les autres. Cette capacité arrive vers 8-12 ans.

3. L’empathie réciproque

C’est la capacité à développer le sens moral, d’accepter que l’autre se mette à ma place comme je me mets à sa place : l’autre a le droit de vivre comme j’ai le droit de vivre, l’autre a le droit d’aimer d’autres personnes comme j’ai le droit d’aimer d’autres personnes…

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4. L’empathie intersubjective (la cheminée du bateau)

C’est la capacité de pouvoir accepter que quelqu’un, de préférence quelqu’un qui nous est proche, en qui on a confiance, puisse nous éclairer sur nous-mêmes de choses qu’on ignore. Il y a des gens qui font en sorte de ne jamais faire confiance :

soit parce qu’ils ont été mal menés dans leur confiance et ils se sont juré qu’ils ne referaient plus jamais confiance

soit c’est une difficulté qu’ils ont à faire confiance. Ils se disent si je fais confiance (empathie réciproque) alors je risque d’être manipulé.

C’est vrai, qu’on risque d’être manipulé quand on fait confiance mais, si on ne fait pas confiance, on risque d’être déçu. Si on ne fait confiance à personne, on finit par avoir une vie émotionnelle pauvre, vide, sans saveur. Faire confiance à priori, oui et retirer sa confiance au premier signal, ce qui impose beaucoup de vigilance et d’empathie cognitive. Ne pas accorder sa confiance les yeux fermés !

Qu’est-ce qui menace l’empathie ?

Les choses qui n’ont pas bien pu s’installer pendant la petite enfance avec le manque d’attention des parents et le numérique.

Un chercheur a montré qu’un bébé, confronté au visage immobile de sa maman, s’angoisse terriblement. Si l’expérience devait se répéter régulièrement, il pourrait perdre sa confiance dans le monde, avec le sentiment que personne ne s’intéresse à lui. La petite enfance est un espace où l’empathie peut être augmentée par l’attention des parents ou, au contraire, ruinée par le désintérêt de l’adulte pour le bébé.

Il a été démontré que les enfants de 2 ans 1/2 – 3 ans qui passent plus d’une heure par jour devant la télévision auraient ensuite, à l’âge de 13 ans, plus de difficultés à regarder dans les yeux. Ils préfèrent regarder leur téléphone mobile à défaut d’avoir regardé un adulte dans les yeux suffisamment souvent entre 2 et 3 ans. Ces enfants-là ont du mal à regarder un visage humain.

Comment cultiver l’empathie ?

À tout âge, le fait de témoigner de l’empathie à des proches ou à des non proches permet d’éveiller les enfants à l’empathie. Seuls les gens qui bénéficient d’empathie peuvent, à leur tour, faire bénéficier d’empathie d’autres personnes. C’est un principe de réciprocité fondamental au développement de l’empathie : si vous ne reconnaissez pas les cadeaux que les gens vous font pour vous remercier, vous empêchez le développement de l’empathie pour vous et pour les autres. Si votre enfant vous offre un petit cadeau, quelqu’il soit, acceptez-le avec une grande bienveillance parce que vous permettrez à votre enfant de développer son empathie réciproque.

Entre 8 et 12 ans, par : 

  • l’éducation artistique et culturelle en regardant un tableau ou en écoutant un morceau de musique, les enfants sont invités à éprouver des émotions, des sensations puis à les partager. Ils ont ensuite une compréhension de l’époque, du peintre, du compositeur, de la manière dont ça a été fait. En échangeant avec leurs camarades, leur famille, ils découvrent la multiplicité de voir les choses, une multiplicité des points de vue des autres.
  • l’éducation théâtrale en invitant les enfants à jouer alternativement les différents rôles dans une pièce pour développer la multiplicité des points de vues. Dès la maternelle, certains enfants veulent bien jouer le rôle de la victime mais pas celui d’un agresseur ce qui prouve que, tout petits, ils peuvent déjà être enfermés dans des postures.
  • les discussions familiales, la vie démocratique.